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Se régaler au Nunavut : entretien avec les filles derrière le blogue Edible Road Trip

Lindsay Anderson et Dana VanVeller, de Vancouver, sont les deux foodies voyageuses derrière le blogue FEAST: An Edible Road Trip. Après avoir garni leurs CV d’expériences liées à l’alimentation (élevage de chèvres, fabrication de fromage, cuisine dans un camp de plantation d’arbres, rédaction de livres de cuisine et de blogues sur la bouffe), ces deux grandes amies se sont lancées dans un nouveau projet. FEAST : An Edible Road Trip est né de leur désir d’explorer la gastronomie typiquement canadienne. Cette aventure, qui allie leur amour de l’écriture, des voyages et de l’alimentation, a permis au duo de sillonner le pays afin de documenter et de faire connaître la cuisine et les aliments typiques du Canada.

Les deux passionnées de bouffe ont parcouru le pays pour aller à la rencontre d’agriculteurs, de pêcheurs, de chasseurs, de cueilleurs, de cuistots de camp ou de torréfacteurs. Or, le moment le plus fascinant de leur exploration gourmande est sans doute leur séjour au Nunavut. Nous avons parlé avec Lindsay et Dana pour en savoir plus sur les saveurs du Nunavut.

Sasha Barkans: Quelles étaient vos attentes à l’égard du Nunavut ? Et ce que vous y avez découvert correspond-il à l’image que vous vous en faisiez ?

Lindsay Anderson : Nous n’avions aucune attente, ce qui était plutôt stupide. Nous avons entamé le voyage en juin et notre plan était de nous arrêter dans une friperie quelque part en chemin pour acheter des vêtements en prévision de l’hiver. Par chance, des amis nous ont donné des parkas ! Nous sommes finalement arrivées au Nunavut en novembre : sans ces manteaux, nous aurions été dans le pétrin !

 

SB : Est-ce que c’était vraiment différent des autres régions que vous avez visitées au Canada?

LA : C’est un mélange intéressant de tradition et de modernité. Nous étions là à discuter avec lui de ses excursions nocturnes dans la toundra et de la chaleur incomparable de la peau de caribou. Selon lui, dans un tel climat, aucun vêtement technologique n’est aussi efficace qu’une peau de caribou pour se garder au chaud. Sauf qu’il nous parlait du mode de vie et de la culture traditionnels… pendant que ses enfants regardaient la télé en mangeant du Subway ou un truc du genre.

 

SB : Parlons bouffe, puisque c’était le thème de votre périple. Celle du Nunavut est-elle différente de ce que vous avez goûté ailleurs ?

DV : Leur alimentation traditionnelle est composée de viande, de gras animal et de baies. C’est ce qu’ils ont mangé pendant des siècles. C’est tout un contraste avec notre alimentation si diversifiée au Sud. Disons que ça met notre mode de vie en perspective.

 

SB : Quelle a été votre expérience gastronomique la plus marquante ?

LA : Une femme chez qui nous avons passé une journée nous a montré comment farcir un estomac de caribou avec de la moelle de caribou. Elle insère une paille pour que l’air puisse circuler et elle ficelle le tout, puis elle laisse sécher pendant une semaine.

DV : Ça devient une sorte de beurre qu’ils tartinent sur les aliments.

SB : En avez-vous appris un peu sur la nutrition ?

DV : C’était frappant de voir à quel point les animaux sont importants dans leur régime traditionnel. C’est la principale source de nutriments. En été, il y a des baies et des plantes comestibles en abondance dans la toundra, mais l’hiver, les vitamines et autres nutriments proviennent essentiellement du gibier.

LA : C’est assez drôle de comparer leur cuisine à la tendance actuelle à consommer les animaux « de la tête à la queue » au Sud. Notre version du concept a l’air un peu ridicule à côté de la leur… Comme quand on dit, dans le Sud, « Nous mangeons des oreilles de porc, ouah ! »

SB : Quel était votre plat préféré ?

LA : Le pipsi : c’est tellement bon ! Dans le Nord, il y a mille façons d’apprêter le poisson, mais le pipsi, il n’y a rien de tel.

DV : Oui, c’est délicieux. C’est du poisson séché ou mariné, mais pas complètement, alors la chair est encore souple.

SB : Y a-t-il des plats qui combinent les traditions culinaires du Nord et du Sud ?

LA : On nous a servi un fabuleux ragoût de bœuf musqué, de l’omble chevalier confit et du gras de baleine fermenté. C’était tellement bon!

DV : Oh oui, le gras de baleine fermenté… Nous avons aussi mangé de la viande de béluga.

SB : Du béluga ! Qu’est-ce que ça goûte ?

LA : C’est surtout la texture qui est particulière; c’est moelleux. Et c’est une si belle viande. On aurait dit de la chair de melon d’eau luisante sur du marbre. Les morceaux de viande étaient coupés en petits cubes et trempés dans de la sauce soja China-Lily. (Oui, il faut absolument que ce soit de la sauce de marque China-Lily).

DV : À vrai dire, nous n’avons pas goûté à tellement de plats hybrides, mis à part le ragoût de bœuf musqué. Mais nous sommes tombées sur un livre de cuisine qui combinait les deux influences : des plats du Sud, préparés avec des ingrédients du Nord. Un sauté de phoque ou un pâté de phoque, par exemple.

Nous avons mangé de l’omble chevalier en sushi; c’était délicieux. Et un gâteau aux baies arctiques qui était tellement bon !

SB : Quel plat du Nunavut rêvez-vous de manger à nouveau ?

LA : Tout ! Peut-être surtout le caribou gelé trempé dans le gras de baleine fermenté. C’est translucide, on dirait presque de la vaseline, mais la saveur ressemble à celle du fromage bleu, en mille fois plus fort.

SB : Et c’est bon ?

DV : Oh oui, vraiment ! C’est comme une explosion dans la bouche.

LA : La sensation se répand dans tout le corps, jusqu’aux pieds.

SB : Ça a l’air vraiment intense.

DV : C’est à essayer absolument.

LA : Nous étions avec un groupe de chefs de la côte Est, et personne ne connaissait ce mets. Le chef inuit qui l’a préparé nous a demandé si nous voulions y goûter. Les autres n’en revenaient pas que nous ayons dit oui !

SB : Les touristes sont-ils réticents à essayer ?

LA : Complètement. Et c’est vrai que le goût est puissant. Mais il faut le voir comme du fromage bleu. Quand on goûte à du bleu pour la première fois, on se dit « Mais qu’est-ce que c’est que cette odeur ? » Puis, on s’habitue et on en redemande. Je comprends que les gens du Nord, qui connaissent cette saveur depuis l’enfance, adorent ça. Nous disions à la blague que c’est leur ketchup à eux. Ils en mettent partout !

SB : Avez-vous adopté certaines techniques ou recettes du Nunavut dans votre propre cuisine ?

DV : Nous en avons inclus deux dans notre livre : une recette d’omble chevalier et une de pipsi.

LA : Pour le pipsi, il faut taillader la chair du poisson, puis le laisser reposer dans la saumure pendant quelques heures. Ensuite, on l’accroche de façon à ce que l’air puisse circuler tout autour et on le laisse sécher à température ambiante.

DV : Nous avions un peu peur des odeurs, la première fois…

LA : Dana a des colocs, alors nous avons préparé le pipsi dans mon petit appartement. Ce qui veut dire qu’un poisson séchait juste à côté de mon lit, avec un ventilateur à côté… J’avais tellement peur que toute la maison empeste ! Mais non : aucune odeur. Et c’est génial parce que c’est probablement la façon la plus simple de préparer ou de conserver le poisson. Tout ce qu’il faut, c’est un ventilateur, une grille, et de préférence une pièce un peu plus chaude que mon petit appartement.

 

SB : Que conseilleriez-vous à ceux qui comptent visiter le Nunavut ?

LA : Je pense qu’il vaut mieux y aller pendant l’été. La toundra est superbe, et on peut rester à l’extérieur plus longtemps. Et on risque moins de se faire heurter par un traîneau à chiens, ce qui a failli nous arriver ! On peut cueillir des baies et profiter du paysage, qui est à couper le souffle. La toundra est tellement colorée et pleine de vie. Aller à la pêche serait une autre excellente idée !

DV : Il faut absolument aller à la rencontre des Nunavutois.

LA : Faire du bénévolat est une bonne façon d’entrer en contact avec la population et d’avoir un effet positif sur la communauté. Dans notre cas, nous nous sommes associées à des entreprises de pêche. De cette manière, nous avons pu rencontrer des chasseurs et d’autres personnes vraiment intéressantes dans la communauté.

SB : Tout bien considéré, comment votre séjour au Nunavut se compare-t-il au reste de vos aventures à travers le Canada?

DV : En termes d’expériences canadiennes, le Nunavut est assez unique. On pourrait dire que c’est l’expérience canadienne ultime. C’était une étape incontournable dans notre itinéraire. Le Nunavut est radicalement différent du reste du pays, même des autres territoires. Nous y avons fait des découvertes qui dépassent l’imagination.

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