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Entrevue avec Dan Wade, célèbre joaillier du Nunavut

Il y a tout de bons côtés au fait de vivre dans une petite ville : sa carrière avance plus vite, on connaît ses voisins, on fait partie d’une communauté tricotée serrée. Les valeurs qu’on développe en venant d’une petite ville peuvent même nous aider à réussir dans la vie, c’est d’ailleurs ce qu’on remarque à Iqaluit, au Nunavut. Malgré sa petite taille et son éloignement, la capitale la plus nordique du Canada recèle des trésors d’histoire et de savoir-faire. Et justement, Dan Wade incarne bien ce savoir-faire. Ce joaillier de renom, qui est né à Iqaluit, vit de son art depuis sa sortie du Nunavut Arctic College, en 2005, où il a suivi un programme de joaillerie et travail des métaux. Son attachement profond envers son territoire et ses racines nunavutoises transpirent dans son travail. On l’a rencontré pour en apprendre un peu plus sur son approche et sur son parcours…

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Photo: DanWade.Ca

À gauche, à droite… bercée par la terre, l’eau se faufile entre les collines, par-dessus et autour des rochers, comme si elle dansait au son d’une douce mélodie. – Dan Wade

Caley Vanular : En vivant au Nunavut, vous avez un accès direct à une partie du monde que certains ne peuvent qu’imaginer. En considérant cet éloignement, quel genre de bijoux fabriquez-vous et quels sont vos matériaux de prédilection ?

Dan Wade : Je fais vraiment toutes sortes de bijoux, et le plus souvent en argent et en ivoire. Mais il m’arrive aussi de travailler l’or, le cuivre, le laiton, les fanons, la corne de bœuf musqué, les bois de cerf et les griffes d’ours polaire.

CV : Venez-vous d’une lignée de joailliers ?

DW : Non, je suis le seul joaillier de ma famille. Mon grand-père et mon cousin étaient sculpteurs. J’ai commencé alors que je travaillais dans une boutique de cadeaux où je voyais toutes ces sculptures en vente : je voulais faire les miennes. Alors, je suis allé au collège local pour voir si des cours de sculpture étaient offerts. Il n’y avait que ce programme de joaillerie et travail des métaux qui comprenait des cours en poterie, en peinture et en sculpture. Je me suis rendu au collège en savoir plus, puis j’ai décidé de m’inscrire au programme à Iqaluit.

CV : Où puisez-vous cette inspiration qui vous permet de continuer à créer ?

DW : De la nature, des animaux. J’ai fait toute une collection inspirée par les hiboux. Par exemple, la collection ulukpik est un croisement entre un ulu (couteau) et un ookpik (hibou). Alors que je cherchais de nouvelles idées, j’ai pensé aux hiboux et à la forme d’un ulu, qui est un couteau de femme courant au Nunavut. Il a la forme d’un croissant de lune. À un moment donné, je l’ai regardé et j’ai imaginé deux yeux et un bec sur sa tranche. L’idée m’est ainsi venue de combiner les deux : j’ai fait des pendentifs, des boucles d’oreilles et des bagues à partir de ce croisement entre le hibou et l’ulu.

Photo: DanWade.ca

Photo: DanWade.ca

CV : Votre matière première, où la prenez-vous ?

DW : Des chasseurs, des pourvoiries, de la famille et des amis, mais aussi des gens sur Facebook. Les communautés sont tellement isolées que plusieurs utilisent Facebook pour rester en contact.

CV : Certaines de vos créations sont complexes, d’autres assez simples. Combien de temps pouvez-vous passer sur une pièce ?

DW: Cela dépend de la pièce. Ce peut être quelques heures, ou quelques jours. Quelque chose comme un pendentif à partir d’un patte d’ours polaire pourrait me prendre au moins deux ou trois jours de travail. Mais je trouve parfois difficile de me concentrer longtemps sur une seule chose, alors j’ai souvent, en même temps, plusieurs pièces en cours de production.

CV : D’où travaillez-vous ? Avez-vous votre propre atelier ?

DW : Je partage un atelier avec deux autres artistes, et j’y suis depuis six ans.

CV : Quels sont les avantages d’opérer une entreprise au Nunavut ?

DW : Une grosse partie de mon marché se trouve ici. La majorité de mes consommatrices sont des femmes inuites. Et j’aime ça ici. On peut regarder par la fenêtre, admirer les collines et ce paysage dément. J’aime quand les collines sont couleur poivre et sel… et le trajet entre mon travail et chez moi est très court.

CV : Vous sentez-vous soutenu par votre communauté ?

DW : Oui. À plusieurs reprises, il m’est arrivé que des personnes âgées, découvrant que je fais de la joaillerie à temps plein, m’approchent pour me dire combien ils sont heureux pour moi. Ils me disent de continuer. Je me sens absolument soutenu par ma communauté.

CV : Où peut-on acheter une pièce signée Dan Wade ?

DW : J’en vends à l’atelier de Mathew Nugingaq, The Aayuraa Studio. Des gens viennent ici tous les jours. J’ai même des « réguliers » qui viennent au moins quelques fois par semaine prendre de mes bijoux. J’en vends aussi sur Facebook, sur mon site et sur Etsy. Au-delà des ventes en ligne, je suis aussi présent dans plusieurs festivals et galeries. J’ai participé au Great Northern Arts Festival cinq années de suite. J’ai fait partie des trois dernières éditions du Northern Lights Trade Show. J’ai aussi voyagé à Montréal et Ottawa, en plus d’avoir présenté mon travail à Vancouver.

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CV : Vous avez créé la bague Northern Lights, célèbre au Nunavut. Pouvez-vous nous en parler un peu ?

DW : C’est une autre création qui m’a été inspirée par la nature. Je regardais les aurores boréales, en songeant à quel point elles ressemblaient à des rivières dans le ciel, et à quel point elle passaient d’un horizon à un autre. J’ai trouvé qu’elles ressemblaient en fin de compte à une bande d’argent. Quand je fabrique une bague, j’utilise une bande d’argent que je plie pour former un cercle, que je soude pour faire l’anneau. Alors, j’ai incarné mes aurores boréales dans une bague. Elle est devenue pas mal populaire…

CV : Avez-vous d’autres artistes du Nunavut à recommander ?

DW : Mathew Nugingaq, bien sûr. Il fait de la joaillerie depuis 1999 et a ouvert son atelier il y a huit ans. Je suis dans cet atelier depuis six de ces huit années. C’est un artiste résolument créatif : on peut regarder la même chose, mais lui y verra quelque chose de complètement différent. Son ardeur au travail m’inspire, j’ai tellement appris de lui : je pourrai en faire un livre ! Il a été d’une grande inspiration pour moi. Cela dit, plusieurs autres personnes m’ont inspiré dans ma pratique. J’emprunte des petits morceaux à tout le monde, ici et là, et je me nourris des qualités qu’ils m’apportent.

CV : Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

DW : Je travaille présentement sur quelques nouvelles pièces moulées, comme cet anneau pour hommes : c’est un design sakku avec une tête de harpon. Mais je ne voulais pas qu’il fasse trop « traditionnel ». Alors, je l’ai stylisé et j’ai dupliqué le même motif tout autour de l’anneau. C’est ce que j’aime de cette pièce : ce n’est pas seulement un anneau avec une thématique nordique, ce pourrait être n’importe quoi.

CV : En tant que joaillier primé du Nunavut et artisan de renom du Nord canadien, comment envisagez-vous l’avenir ? Quels sont vos ambitions ?

DW : J’aimerais grossir un peu pour pouvoir engager quelqu’un. Je voudrais trouver une personne de confiance qui pourrait (et voudrait) faire le travail. J’aimerais aussi éventuellement avoir mes bijoux partout au Canada… et en vendre des milliers !

Pour en savoir plus sur Dan Wade, on clique : DanWade.Ca

 

Détails du parcours

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